L’inceste, c’est quoi ? Et pourquoi c’est si complexe à entendre ?
TW : violences sexuelles – inceste
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Parler d’inceste, c’est tabou. Il y a ceux qui ne veulent pas en parler, ceux qui ne veulent pas l’entendre et aussi ceux qui ne veulent pas le voir … Et parfois tout ça à la fois !
Pourquoi ? Parce que c’est un sujet qui touche à l’intime, à la famille, à la confiance… des lieux où, et des personnes avec qui, l’enfant victime aurait dû être en sécurité.
Et pourtant, c’est essentiel de pouvoir mettre des mots dessus — des mots clairs et simples — pour ne plus nier la réalité de ce type d’agissement. Et aider à comprendre ce que les victimes ont traversé ou ce qu’elles ressentent encore aujourd’hui.
L’inceste : une définition simple
L’inceste, c’est une violence sexuelle (avec ou sans contact physique) commise par un membre de la famille ou une personne ayant une place de proximité affective, éducative ou d’autorité sur un enfant ; que les faits se soient produits une ou plusieurs fois.
L’auteur peut être :
un parent, un beau-parent,
un grand-parent, un (grand-)oncle, une (grande-)tante,
un frère, une sœur, un cousin, une cousine
un adulte qui “faisait partie de la famille” ou qui en tenait le rôle,
ou toute personne ayant une autorité sur l’enfant dans un contexte familial.
L’inceste ne concerne pas seulement la question du sang. Il concerne la proximité, la confiance, la dépendance et le lien affectif.
Il s’agit toujours d’inceste lorsque les faits se poursuivent au-delà de la majorité de l’enfant.
Remarque : cette définition n’est pas celle de la loi française à ce jour, mais celle “qui représente une réalité” pour les victimes
Quelles formes peut prendre l’inceste
des gestes à caractère sexuel ;
des attouchements imposés ;
des viols ;
des paroles ou comportements sexualisés répétés ;
des demandes ou mises en scène sexuelles ;
l’obligation d’assister à des actes sexuels ou de regarder des films pornographiques
des “jeux”, des “caresses”, des “secrets” forcés, …
L’inceste peut arriver dans le cadre d’une relation qui, à l’extérieur, semble “normale”. C’est ce qui rend cette violence encore plus déroutante.
Pourquoi c’est si difficile d’identifier que c’était de l’inceste ?
Quand l’agresseur est quelqu’un que l’enfant aime, dont il dépend, ou qui est censé le protéger… son cerveau peut avoir énormément de mal à comprendre ce qui se passe.
L’enfant a peut-être vécu :
du brouillage : “Il m’aime, donc c’est normal / donc il ne peut pas me faire du mal.”
de la confusion : “Il est gentil par ailleurs, alors… ?”
de l’ambivalence : avoir aimé l’attention, mais pas les gestes.
du déni : pour survivre émotionnellement.
de la culpabilité : “Pourquoi moi ? Pourquoi je n’ai pas parlé ?”
de la peur : peur de détruire la famille, peur qu’on ne le croie pas.
L’inceste trahit la confiance. Et cette trahison crée souvent un mélange d’émotions très complexe, même des années plus tard.
Les réactions automatiques du corps, et pourquoi elles ne sont jamais un choix
Si tu as été victime d’inceste, comme dans toute violence sexuelle, ton corps peut avoir réagi sans que tu en aies le contrôle en mettant en place des réactions automatiques comme :
La sidération : Impossible de bouger, de crier, de parler.
Le figement : ton corps se bloque pour “faire le mort” et te protéger.
La dissociation : Tu te coupes de ton corps, de la scène, pour survivre.
La soumission automatique : Tu fais ce qui est demandé pour éviter pire.
Ces réactions sont des mécanismes biologiques de survie, pas un accord. Elles ne disent rien de ton courage ou de ta volonté. Elles disent simplement que ton corps a essayé de te protéger.
L’inceste laisse souvent des traces profondes
Parce que l’inceste mélange : la violence, l’amour, la peur, la domination, le lien familial, la confusion, l’isolement, et parfois le silence imposé, ses conséquences peuvent toucher :
ta relation à ton corps,
ta sexualité,
ta confiance en toi,
ta vision de l’amour,
ta capacité à poser des limites,
ton rapport à la famille et aux proches,
ton système nerveux (hypersensibilité, hypervigilance…)
…
Toutes ces réactions sont normales. Elles ne te définissent pas. Elles montrent seulement l’impact d’une violence très profonde.
Tu n’es pas responsable — jamais
Il est très fréquent que les victimes d’inceste se sentent coupables :
de n’avoir rien dit
d’avoir “cru aimer” cette personne
d’avoir obéi
de n’avoir rien compris
d’en parler ou de ne pas en parler
…
Mais le coupable, ce n’est pas toi. C’est l’adulte ou l’enfant plus âgé qui avait l’autorité, le pouvoir, l’emprise, et qui a trahi ton espace de sécurité. Tu n’avais ni les moyens, ni la maturité, ni la liberté de refuser. Tu as survécu, tout simplement.
Tu as le droit de te reconstruire à ton rythme
Tu mérites un espace de sécurité, du respect, de comprendre ce que tu as vécu. Tu mérites de sentir, un jour, que ton corps peut se détendre à nouveau. Chaque pas que tu fais, même minuscule, compte.
Tu as la droit de parler (ou pas) à tes proches / ton entourage / à la terre entière , de porter plainte (ou pas) : c’est toi qui sais ce dont tu as besoin aujourd’hui.
Tu as le droit de te faire accompagner pour te libérer des traces que cela a laissé dans ton corps et ton esprit
Remarque : les réactions et conséquences présentés dans ce billet de blog sont couramment rencontrés chez les personnes ayant vécu un inceste mais il s’agit d’une liste non exhaustive et non stricte qui n’a pas pour objectif d’établir un diagnostic. Un professionnel formé à la prise en charge des psycho-traumas pourra t’aider à y voir plus clair sur ces points si tu en ressens le besoin.