La mémoire traumatique : quand le passé continue de se vivre comme s'il était encore présent

TW : violences sexuelles, traumatisme

(Lecture : environ 5 min)

« Pourquoi est-ce que je réagis aussi fort ? » ; « Je sais que je suis en sécurité… alors pourquoi mon corps se comporte-t-il comme si j'étais encore en danger ? » ; « Pourquoi certains souvenirs reviennent-ils sans prévenir ? »

Si tu t'es déjà posé ces questions, tu n'es pas seule. Après un traumatisme, il peut arriver que le passé ne reste pas… dans le passé. C'est ce que l'on appelle la mémoire traumatique.

Contrairement à un souvenir "normal", qui appartient à ton histoire, la mémoire traumatique donne l'impression que ce qui s'est passé est encore en train de se produire. Et cela peut être extrêmement éprouvant.

Une mémoire qui ne classe pas le passé

Habituellement, lorsqu'un événement est terminé, ton cerveau le traite, le classe et le range parmi tes souvenirs. Tu peux y repenser, mais tu sais que c'est du passé.

Avec un traumatisme, ce processus peut être interrompu. L'intensité de la peur, l'impuissance ou la sidération peuvent empêcher le cerveau de traiter normalement ce qui s'est passé. L'événement reste alors comme en attente d'être intégré. Il ne disparaît pas. Il reste présent dans le système nerveux.

Pourquoi ton corps réagit-il encore aujourd'hui ?

Ton cerveau a une mission essentielle : te maintenir en vie !!

Lorsqu'il détecte quelque chose qui ressemble, de près ou de loin, au danger vécu autrefois, il ne prend pas le temps de vérifier si tu es réellement en danger ; il agit immédiatement.

Une odeur, une voix, un parfum, une façon de te regarder, une pièce sombre, un mot, une date , un lieu ou encore un geste … Parfois, il suffit d'un détail presque imperceptible pour que ton système nerveux déclenche une alerte. Et en quelques secondes, ton corps peut croire qu'il est revenu au moment du traumatisme.

Ce que tu ressens n'est pas "dans ta tête"

La mémoire traumatique n'est pas une faiblesse psychologique. Elle mobilise tout ton organisme.
Tu peux ressentir :

  • le cœur qui s'emballe ;

  • une boule dans la gorge ;

  • une respiration qui devient difficile ;

  • des tremblements ;

  • des nausées ;

  • une sensation de danger immédiat ;

  • une envie irrépressible de fuir ;

  • ou au contraire une impossibilité de bouger.

Certaines femmes décrivent même l'impression d'avoir à nouveau le même âge que lors des violences ; comme si leur corps avait quitté le présent.

Et c'est précisément ce qui rend la mémoire traumatique si déroutante.

Les déclencheurs : quand le présent réveille le passé

Des situations qui rappellent, parfois de façon très discrète, le traumatisme : on appelle cela des déclencheurs.

Le problème, c'est que ton cerveau ne fait pas toujours la différence entre :

👉 "Cela me rappelle le danger."

et

👉 "Le danger est de retour."

Résultat : ton système nerveux réagit comme si tu devais survivre une nouvelle fois. Ce mécanisme est automatique. Tu ne le choisis pas.

Pourquoi certaines réactions semblent "disproportionnées" ?

Il arrive que des proches disent : « Tu réagis trop. » ; « C'était juste une remarque. » ; « Tu sais bien qu'il ne va rien t'arriver. » ;

Mais ces phrases passent à côté de l'essentiel. La mémoire traumatique ne mesure pas la situation présente. Elle réagit à ce qu'elle reconnaît du passé.

Ce que les autres voient comme un petit événement peut être, pour ton système nerveux, le signal d'un danger immense. Ce n'est pas de l'exagération. C'est un cerveau qui continue à protéger une femme qui, autrefois, n'a pas pu être protégée.

Pourquoi tu peux avoir l'impression de "perdre le contrôle"

Beaucoup de victimes disent : « Je sais que ce n'est pas rationnel… mais je n'arrive pas à me calmer. ». C'est normal !

Parce qu'au moment où la mémoire traumatique s'active, ce n'est plus seulement la réflexion qui est en jeu. Les circuits de survie prennent le dessus. Ton corps cherche avant tout à te maintenir en vie.

Ce n'est qu'une fois le sentiment de sécurité retrouvé que ton cerveau peut progressivement reprendre la main …

La mémoire traumatique peut aussi être silencieuse

On imagine souvent qu'elle se manifeste uniquement par des flashbacks, mais ce n'est pas toujours le cas.

Elle peut aussi prendre des formes plus discrètes :

  • une fatigue permanente ;

  • des difficultés à ressentir du plaisir ;

  • un besoin constant de contrôler ;

  • une hypervigilance ;

  • des cauchemars ;

  • une difficulté à faire confiance ;

  • une impression de ne jamais être complètement en sécurité ;

  • ou au contraire une sensation d'être coupée de ses émotions.

Autrement dit, la mémoire traumatique ne parle pas toujours avec des images. Parfois, elle parle avec le corps.

Ce n'est pas parce que ton cerveau est "cassé"

Pendant longtemps, certaines victimes pensent qu'elles sont "trop sensibles", "trop fragiles" ou qu'elles ont "un problème". En réalité, la mémoire traumatique montre exactement l'inverse. Elle témoigne de l'extraordinaire capacité de ton cerveau à essayer de te protéger !

Le problème n'est pas qu'il protège. Le problème, c'est qu'il continue parfois à déclencher cette protection alors que le danger est terminé.

Autrement dit, ce qui te fait souffrir aujourd'hui est un mécanisme qui, autrefois, t'a probablement permis de survivre.

Il est possible de retrouver davantage de sécurité

La mémoire traumatique n'est pas une condamnation.

Le cerveau conserve une capacité remarquable à évoluer tout au long de la vie. Progressivement, dans un environnement suffisamment sécurisant, ton système nerveux peut apprendre une nouvelle réalité : 👉 le danger est passé.

Ce chemin ne consiste pas à oublier. Il consiste à permettre au cerveau de replacer progressivement l'événement dans le passé, afin qu'il ne s'impose plus au présent avec la même intensité. Cela demande du temps, de la sécurité et beaucoup de douceur envers toi-même.

Tu n'es pas en train de devenir folle

Si ton corps réagit fortement, si certains souvenirs surgissent sans prévenir, si certaines situations te bouleversent alors que tu voudrais simplement continuer ta journée 👉 Ce n'est pas parce que tu es faible, ni parce que tu exagères !

C'est parce que ton système nerveux fait exactement ce pour quoi il est conçu : essayer de te protéger.

Aujourd'hui, il a simplement besoin d'apprendre que tu n'es plus là-bas. Que tu es ici et maintenant. Et qu'il est enfin possible, pas à pas, de retrouver davantage de sécurité.

En savoir plus, pour comprendre pourquoi tu réagis ainsi

Tu peux lire les billets de blog sur le traumatisme et l’amnésie traumatique, pour mieux comprendre

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