Un traumatisme, c’est quoi et pourquoi ton corps ne “tourne pas la page” aussi simplement ?
TW : violences et traumatisme
(Lecture : environ 4 min)
On utilise souvent le mot traumatisme, parfois pour parler d’un choc émotionnel, parfois pour décrire quelque chose de très grave.
Mais qu’est-ce que ça signifie vraiment ?
Un traumatisme, ce n’est pas seulement un “mauvais souvenir”. C’est une expérience qui a dépassé ta capacité à faire face sur le moment.
Ce n’est pas l’événement en lui-même qui définit le traumatisme. C’est ce qui s’est passé dans ton corps et dans ton système nerveux.
Le traumatisme, ce n’est pas la même chose que l’événement
Deux personnes peuvent vivre une situation similaire : L’une peut s’en remettre relativement vite ; l’autre peut garder des traces profondes.
Pourquoi ? Parce qu’un traumatisme survient quand :
tu te sens en danger (physique ou psychologique),
tu te sens impuissante,
tu es seule avec ce que tu vis,
tu n’as pas la possibilité d’agir ou de fuir.
Le traumatisme apparaît quand ton système nerveux n’a pas pu aller au bout de sa réponse naturelle de protection.
Ce qui se passe dans ton corps
Face à une menace, ton corps déclenche automatiquement des réponses de survie :
Fuir
Se défendre
Se figer
Se soumettre
Si tu as pu agir (partir, crier, être aidée), ton système nerveux peut revenir progressivement à l’équilibre.
Mais si tu as été :
paralysée,
sidérée,
empêchée d’agir,
maintenue dans la peur,
alors l’énergie de survie reste “bloquée”.
Le traumatisme, c’est souvent cette énergie non déchargée qui continue d’habiter ton corps.
Pourquoi ça peut durer longtemps ?
Un traumatisme peut laisser ton système nerveux en état d’alerte permanente. Tu peux ressentir :
hypervigilance
sursauts
tensions musculaires
troubles du sommeil
anxiété
dissociation
difficultés à faire confiance
réactions disproportionnées à certains déclencheurs
Ton corps n’est pas en mode “exagéré”. Il essaie de te protéger d’un danger qu’il perçoit encore comme présent.
Le traumatisme n’est pas un défaut de caractère. C’est une adaptation de survie.
Traumatisme simple et traumatisme complexe
On parle parfois de traumatisme “simple”. De manière générale, cela correspond aux conséquences d’un un événement unique et intense (accident, agression…).
Le Traumatisme complexe lui va correspondre aux conséquences de situations répétées, souvent relationnelles (violences, inceste, emprise, négligence…). Là, ce n’est pas seulement la peur qui s’inscrit, mais aussi :
la confusion,
l’ambivalence,
la perte de confiance en soi,
des difficultés à poser des limites.
Le traumatisme complexe touche souvent plus profondément l’identité et la relation au monde.
Ce que le traumatisme ne dit pas sur toi
Il ne dit pas que tu es fragile ; il ne dit pas que tu es faible ; il ne dit pas que tu dramatises.
Il dit que ton corps a vécu quelque chose de trop intense, trop rapide, trop isolant.
Et surtout, ce qu’il faut garder en tête, c’est que le traumatisme n’est pas figé. Le système nerveux peut apprendre à retrouver plus de sécurité.
Le traumatisme est corporel
On pense souvent que le traumatisme est “dans la tête”. En réalité, il est profondément corporel. Il s’inscrit dans :
la respiration
le tonus musculaire
le rythme cardiaque
la posture
la capacité à se détendre
C’est pour cela que les approches psycho-corporelles sont si pertinentes : elles s’adressent directement à la régulation du système nerveux.
Tu n’as pas à “tourner la page”
On entend souvent : “C’est du passé”, “Il faut avancer”, “Il faut pardonner” …
Mais ton corps n’obéit pas à une injonction. Il a besoin de sécurité, de temps, de douceur.
Se libérer d’un traumatisme, ce n’est pas oublier. C’est permettre à ton système nerveux de comprendre que le danger est terminé. Et cela ne peut se faire que progressivement !