TW : violences sexuelles, inceste, emprise
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« Si elle le voit encore, c'est que ce n'était peut-être pas si grave. »; « Si elle continue à lui parler, c'est qu'elle lui a pardonné. » ; « Elle aurait pu couper les ponts depuis longtemps. » …
Ces phrases sont encore trop souvent prononcées lorsqu'une femme révèle avoir subi des violences sexuelles et qu'elle continue, pour une raison ou pour une autre, à être en contact avec son agresseur. Pourtant, le maintien du lien ne dit rien de la gravité des violences subies.
Une victime peut continuer à voir son agresseur, lui parler, lui rendre visite, lui répondre au téléphone ou même chercher son affection.
Cela peut sembler incompréhensible lorsque l'on regarde la situation de l'extérieur. Mais lorsqu'on comprend les mécanismes du traumatisme, de l'emprise et de l'attachement, cela devient beaucoup plus compréhensible.
Une victime ne peut pas toujours simplement « couper les ponts »
Pour certaines victimes, notamment lorsqu'il s'agit d'inceste, l'agresseur n'est pas uniquement celui qui a commis les violences.
C'est aussi parfois : son père, son grand-père, son frère, un autre membre de sa famille, ou une personne qui occupe une place importante dans son entourage … Autrement dit, l'agresseur peut être aussi une personne à laquelle elle est attachée. Et c'est précisément ce qui rend l'inceste si particulier.
L'enfant peut aimer la personne qui lui fait du mal. Elle peut avoir besoin d'elle. Elle peut rechercher son affection. Elle peut vouloir continuer à croire qu'elle est une personne aimante et protectrice. Pour un enfant, cette contradiction est extrêmement difficile à intégrer.
Aimer quelqu'un qui nous fait du mal est possible
C'est une réalité qui peut être difficile à accepter : on peut être attachée à quelqu'un qui nous a fait du mal.
Les émotions humaines ne fonctionnent pas comme un interrupteur. La peur, l'amour, l'attachement, la colère, la loyauté et le besoin d'être reconnue peuvent exister en même temps.
Une enfant peut donc penser : « Je veux qu'il arrête. » et en même temps : « Je veux qu'il m'aime. »
Ces deux réalités peuvent coexister. Et cette contradiction peut continuer à l'âge adulte. Cela ne signifie pas que la victime consent aux violences. Cela signifie simplement que le lien affectif et la violence peuvent avoir été profondément entremêlés.
L'emprise ne disparaît pas forcément lorsque l'enfance se termine
Lorsqu'une personne a vécu des violences répétées dans une relation où l'agresseur avait du pouvoir sur elle, certaines croyances et certains réflexes peuvent rester profondément ancrés.
Elle peut avoir appris à : anticiper les réactions de l'autre, chercher à lui faire plaisir, éviter les conflits, se conformer à ses attentes, prendre soin de lui avant de prendre soin d'elle, culpabiliser lorsqu'elle pose une limite.
Devenue adulte, elle peut continuer à fonctionner avec ces réflexes, même si elle sait intellectuellement qu'elle est désormais libre. Le corps et le système nerveux peuvent avoir appris une autre réalité.
Dans une famille, couper le lien peut avoir un prix énorme
Quand l'agresseur est un membre de la famille, prendre ses distances ne signifie pas seulement ne plus voir une personne. Cela peut vouloir dire : ne plus participer à certaines fêtes, perdre le contact avec d'autres membres de la famille, provoquer des conflits, remettre en question toute l'histoire familiale, voir apparaître des tensions entre frères et sœurs, être accusée de « diviser la famille » …
La victime peut alors se retrouver face à une décision impossible : se protéger et risquer de perdre une partie de sa famille, ou maintenir le lien pour préserver une forme de stabilité.
Et parfois, elle n'est tout simplement pas prête à affronter toutes les conséquences d'une rupture.
La peur peut aussi maintenir le lien
Il ne faut pas oublier une chose essentielle : l'agresseur peut rester une source de danger, même après les violences.
Une victime peut craindre : des représailles, la colère de l'agresseur, des menaces, des conséquences familiales, de ne pas être crue, ou ce qui pourrait arriver si elle révèle ce qu'elle sait …
Cette peur peut être consciente. Mais elle peut aussi être inconsciente et profondément inscrite dans son système nerveux.
Lorsque tu as appris pendant des années à surveiller quelqu'un pour rester en sécurité, ton organisme peut continuer à considérer cette personne comme dangereuse longtemps après que tu sois devenue adulte.
Parfois, maintenir le contact est une stratégie de survie
Cela peut sembler paradoxal, mais rester en contact peut parfois être une manière de garder le contrôle sur la situation. Il peut s’agir de : répondre aux messages, savoir où se trouve l'agresseur, maintenir une relation superficiellement apaisée, éviter de provoquer une rupture brutale. Pour certaines victimes, ces comportements permettent de réduire leur sentiment de danger.
Ce n'est pas forcément une relation choisie librement. Cela peut être une relation dans laquelle la personne tente encore de trouver la manière la plus sûre de composer avec ce qui lui est arrivé.
Et parfois, elle espère encore une reconnaissance
Il existe une autre raison, particulièrement douloureuse qui fait qu’une victime peut continuer à chercher auprès de son agresseur ce qu'elle n'a jamais obtenu : la reconnaissance de ce qui s'est passé. Elle peut espérer qu'un jour il dise : « Oui, je t'ai fait du mal. », ou simplement : « Je reconnais ce que je t'ai fait. »
Parce que tant que cette reconnaissance n'existe pas, une partie de l'histoire peut rester comme suspendue. Ce besoin peut être encore plus fort lorsqu'il s'agit d'un parent. Car derrière l'adulte qui sait aujourd'hui ce qu'elle a subi, il peut toujours y avoir l'enfant qui aurait voulu être protégée, aimée et reconnue.
Le contact ne signifie pas l'absence de souffrance
Une femme peut rire avec son agresseur lors d'un repas familial et être profondément traumatisée par ce qu'elle a vécu. Elle peut lui parler normalement, lui offrir un cadeau, répondre à ses messages, dire qu'elle l'aime … Et pourtant porter en elle une immense souffrance. Un comportement visible ne permet pas de mesurer ce qui se passe à l'intérieur.
C'est particulièrement important lorsqu'on parle d'inceste. Une famille peut continuer à fonctionner en apparence comme si tout était normal, alors qu'une victime porte seule une histoire que personne ne veut regarder.
Les proches ont parfois du mal à comprendre
L'entourage peut alors poser des questions : « Mais pourquoi tu continues à le voir ? », « Pourquoi tu lui parles encore si tu dis qu'il t'a fait ça ? », « Pourquoi tu ne coupes pas simplement les ponts ? ».
Ces questions peuvent sembler logiques, mais elles peuvent aussi être extrêmement douloureuses. Parce qu'elles font peser sur la victime la responsabilité de rendre son comportement suffisamment cohérent pour que les autres puissent comprendre. Or, une personne traumatisée n'a pas à avoir un comportement parfaitement linéaire pour que les violences qu'elle a subies soient réelles.
Il n'existe pas une seule manière de se protéger
une fois adulte, certaines victimes coupent immédiatement tout contact, d'autres mettent des années, certaines maintiennent une relation très distante, d'autres continuent à fréquenter leur agresseur dans certaines circonstances ou certaines oscillent entre rapprochement et éloignement : Il n'y a pas une seule bonne manière de réagir.
Se protéger peut prendre des formes différentes selon l'histoire, les ressources et la situation de chacune. Et surtout, la décision de couper un lien doit pouvoir appartenir à la victime. Pas à sa famille, pas à la société, pas aux personnes qui pensent savoir ce qu'elle devrait faire.
Si tu es restée en contact, cela ne remet pas en cause ce que tu as vécu
Si tu as continué à voir ton agresseur pendant des années, tu peux aujourd'hui te demander : « Pourquoi suis-je restée ? ». Tu peux même peut-être t'en vouloir … Mais ton comportement d'alors mérite d'être regardé avec le plus de compréhension possible.
Tu as peut-être fait avec : tes ressources, tes peurs, tes attachements, tes contraintes, ton histoire et les mécanismes de survie que ton corps avait développés. Tu n'avais pas à réagir de la manière qui aurait rassuré les autres.
Le lien avec ton agresseur n'efface pas la violence
C'est peut-être le point essentiel ! Une victime peut aimer son agresseur, elle peut lui manquer, elle peut lui pardonner, elle peut ne pas lui en vouloir, elle peut continuer à le voir, elle peut même le protéger. Mais rien de tout cela ne transforme une violence sexuelle en acte consenti.
Le lien affectif n'efface pas la violence; le silence ne l'efface pas; le temps ne l'efface pas ! Et le fait d'être restée en contact ne donne à personne le droit de remettre en question ce que tu as vécu !!
Tu as le droit d'avancer à ton rythme, de poser tes limites progressivement et de décider, aujourd'hui, de la place que tu souhaites — ou non — laisser à cette personne dans ta vie. Ce qui compte désormais, ce n'est pas de justifier ce que tu as fait pour survivre. C'est de pouvoir choisir ce qui est juste et sécurisant pour toi aujourd'hui.
En savoir plus, pour comprendre pourquoi tu réagis ainsi
Tu peux lire les billets de blog sur le traumatisme, l’amnésie traumatique, la mémoire traumatique et le figement et la dissociation péri traumatique pour mieux comprendre.