Figement et dissociation péri traumatique : que se passe-t-il dans ton corps face à une violence sexuelle ?

TW : violences sexuelles, agression, viol

(Lecture : environ 5 à 6 min)

Lorsqu'on parle de violences sexuelles, on entend souvent parler de fuite ou de résistance. Mais il existe une autre réaction dite de survie que beaucoup de victimes vivent : le figement.

Tu peux être consciente de ce qui se passe et pourtant être incapable de bouger, tu peux vouloir dire non et ne pas réussir à parler, tu peux avoir envie de repousser l'autre et constater que ton corps ne répond plus. De l'extérieur, cela peut sembler incompréhensible. À l'intérieur, pourtant, ton organisme est loin d'être inactif !

Il est en train de mobiliser des mécanismes de survie extrêmement puissants.

Comprendre ce qui se passe physiologiquement permet de mieux comprendre pourquoi le figement est une réaction automatique du corps face à une menace.

Tout commence par la détection d'une menace

Ton cerveau possède des systèmes capables de détecter très rapidement ce qui pourrait représenter un danger.

Cette détection peut être consciente, comme : « Cet homme me menace. »

Mais elle peut aussi être beaucoup plus rapide et automatique. Elle peut détecter une attitude, un geste, une proximité physique, une voix, une odeur. Car ton cerveau analyse en permanence ce qui se passe autour de toi.

Lorsqu'il identifie une menace, il déclenche immédiatement une réponse de protection. Et cette réponse ne passe pas d'abord par une réflexion consciente, elle est inconsciente et immédiate. Ton corps réagit avant même que tu aies le temps de réfléchir.

Le système nerveux passe en mode survie

Face au danger, le système nerveux autonome modifie rapidement le fonctionnement de ton organisme. Le système sympathique peut alors être fortement activé, ce qui déclenche : le cœur accélère, la respiration change, les muscles se préparent à agir, le sang est davantage dirigé vers les muscles, l'organisme libère notamment de l'adrénaline et de la noradrénaline. Tout est organisé autour d'une seule priorité : survivre.

Au départ, ton corps peut donc se préparer à fuir ou à se défendre. Mais si ton cerveau estime que ces options ne sont pas possibles ou qu'elles risquent d'aggraver le danger, une autre réponse peut apparaître => Le figement.

Le figement n'est pas l'absence de réaction

C'est probablement l'un des plus grands malentendus car une personne figée peut sembler immobile. Mais son organisme peut être dans un état d'activation intense. À l'intérieur, cela peut être : le cœur qui bat très vite, une respiration modifiée, une tension musculaire importante, une attention extrêmement focalisée, une sensation de danger intense, une impossibilité à détourner son attention de ce qui se passe.

Et face au danger, le corps est prêt à agir … mais l'action ne se produit pas. C'est précisément ce qui caractérise le figement.

Pourquoi le corps bloque-t-il le mouvement ?

Lorsque le cerveau estime qu'une menace est immédiate et difficile à éviter, l'immobilité peut devenir une stratégie de survie.

Il ne s'agit pas d'une décision consciente. Ton organisme évalue en permanence les possibilités qui s'offrent à lui. Fuir est-il possible ? Se défendre est-il la bonne façon d’agir ? Quel comportement peut permettre de diminuer le danger ?

Dans certaines situations, l'immobilité peut apparaître comme la réponse la moins dangereuse. Le corps peut alors réduire les mouvements volontaires tout en maintenant une vigilance très importante. C'est une forme de stratégie défensive automatique.

Le cerveau ne fonctionne plus comme d'habitude

Lorsqu'une menace devient très importante, les régions cérébrales impliquées dans la détection du danger prennent une place considérable. L'amygdale joue notamment un rôle important dans la détection et le traitement des menaces. Parallèlement, les fonctions qui permettent habituellement de réfléchir calmement, de prendre du recul et de choisir volontairement son comportement peuvent devenir moins efficaces.

C'est l'une des raisons pour lesquelles il est si difficile de « décider quoi faire » lorsque le système de survie est activé. Ton cerveau n'est plus dans une situation ordinaire. Il est en situation d'urgence.

Et lorsque la menace devient extrême ?

Dans certaines situations particulièrement intenses, prolongées ou inévitables, les mécanismes de défense peuvent aller encore plus loin.

Certaines personnes décrivent alors : une sensation d'être « ailleurs » , une impression d'observer la scène de l'extérieur, une diminution des sensations corporelles, une perception étrange du temps, une impression que ce qui se passe n'est pas réel, une difficulté à ressentir leurs émotions.

On parle alors de dissociation péri traumatique. Elle peut être considérée comme une réponse protectrice permettant de réduire l'intensité de l'expérience lorsque celle-ci devient trop difficile à supporter. Le corps n'est donc pas simplement « paralysé ». Il peut aussi modifier profondément la manière dont la personne perçoit ce qui lui arrive.

Le système nerveux peut changer d'état en une fraction de seconde

Il est important de comprendre que le figement n'est pas nécessairement un état stable. Ton organisme peut passer très rapidement : de l'alerte → au figement → à une forte activation → à une forme de déconnexion. Ces changements peuvent se produire sans que tu en aies conscience.

C'est pourquoi deux victimes peuvent réagir très différemment face à une situation pourtant comparable. Il n'existe pas une seule réaction physiologique à une violence sexuelle. Chaque organisme mobilise les mécanismes de survie dont il dispose dans cette situation précise.

Pourquoi certaines victimes ne sentent-elles presque plus leur corps ?

Dans certaines formes de dissociation, la perception des sensations corporelles peut être fortement modifiée : la douleur peut sembler lointaine, le corps peut sembler engourdi, les sensations peuvent devenir étranges ou irréelles.

Cette modification de la perception peut avoir une fonction protectrice : diminuer l'intensité d'une expérience devenue trop menaçante.

Cela peut également expliquer pourquoi certaines victimes racontent leur agression avec beaucoup de détachement ou donnent l'impression de parler de quelqu'un d'autre. L'absence d'émotion visible ne signifie pas l'absence d'impact.

Après le danger, le corps peut mettre du temps à revenir à l'équilibre

Une fois la menace terminée, le système nerveux ne revient pas nécessairement immédiatement ou facilement à son état habituel. Le corps peut rester en état d'alerte. Ou, au contraire, rester dans un état de grande fatigue, d'engourdissement ou de déconnexion.

Tu peux avoir : des tremblements, une grande fatigue, des difficultés à dormir, des tensions musculaires, une sensation d'épuisement, des réactions très fortes à certains stimuli.

Ton organisme vient de mobiliser énormément de ressources. Il lui faut parfois du temps pour retrouver un état de sécurité.

Et pourquoi le corps peut-il recommencer à se figer des années plus tard ?

C'est là que la mémoire traumatique entre en jeu et où après une expérience traumatique, certains éléments associés au danger peuvent devenir des déclencheurs : une odeur, une voix, un geste, une interaction, une situation intime, une manière d'être touchée, … Ton cerveau peut reconnaître quelque chose qui ressemble au danger passé et réactiver automatiquement une réponse de protection.

Tu peux alors te retrouver aujourd'hui dans une situation objectivement sûre … et ressentir pourtant : « Je ne peux plus bouger. »

Ce n'est pas ton corps qui « exagère ». C'est un système de protection qui a appris à reconnaître certains signaux de danger et qui se déclenche parfois alors que le danger n'est plus présent.

Le figement a une logique

Vu de l'extérieur, rester immobile peut sembler être une absence de réaction. Sur le plan physiologique, c'est tout autre chose.

Le figement peut être une réponse défensive automatique, mobilisée lorsque l'organisme perçoit une menace importante et que les possibilités d'action semblent limitées.

Ton corps ne décide pas : « Je vais rester sans rien faire. ». Mais il répond : « Cette situation est dangereuse. Il faut survivre. »

Et cette réponse se déclenche alors sans passer par une décision consciente.

Comprendre ton corps permet de changer de regard sur ce qui s'est passé

Lorsque tu comprends les mécanismes physiologiques du figement, certaines choses peuvent prendre un autre sens : l'immobilité n'était pas nécessairement de l'acceptation, l'absence de cri n'était pas nécessairement du consentement, l'absence de mouvement ne signifie pas que ton organisme ne réagissait pas.

Ton corps pouvait être en pleine survie alors que, de l'extérieur, tu semblais ne rien faire.

Comprendre cela, ce n'est pas chercher à réécrire ton histoire. C'est permettre à ton corps et à ton esprit de mieux comprendre ce qui s'est passé. Et parfois, mettre enfin du sens sur une réaction qui semblait incompréhensible peut être une étape importante pour retrouver davantage de sécurité dans son propre corps.

PS : Et c’est pour sortir complètement de cet état de figement latent et revenir à l’équilibre que la Somatic Experiencing® peut être une technique d’une grande aide !

En savoir plus, pour comprendre pourquoi tu réagis ainsi

Tu peux lire les billets de blog sur le traumatisme, l’amnésie traumatique et la mémoire traumatique pour mieux comprendre.

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